carte de tarot représentant le dieu Lugus

Vous vous demandez sûrement qui est Lugh et pourquoi j’ai choisi ce nom. Et bien sur cette page je vous dis tout ! Enfin, n’étant pas historienne je vais faire mon maximum…

Pour mieux connaître Lugh et ainsi comprendre ma démarche, j’ai choisi de faire deux grandes parties :

  1. Qui est Lugh ?
  2. Pourquoi j’ai choisi Lugh ?

Si vous n’êtes pas très branché Histoire vous pouvez vous rendre directement à la deuxième partie en cliquant sur le lien juste au-dessus.

Qui est Lugh?

Pour résumer, Lugh est une divinité majeure de la mythologie celtique. En un mot, comme dirait Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, il est « l’inventeur de tous les arts, […] le dieu qui indique la route à suivre, qui guide le voyageur, il est celui qui est le plus capable de faire gagner de l’argent et de protéger le commerce ».

Pas mal comme CV, non?

Bon, développons un peu.

Un dieu panceltique

Pour commencer que diriez-vous d’un petit rappel historique ?

La civilisation celte se développe de la période du Hallstatt, également appelée premier âge du fer, (de -800 à -450) jusqu’à celle de la Tène, qui correspond au deuxième âge du fer (de -450 à -52). Ces deux périodes font partie de la Protohistoire qui est une époque charnière marquant la transition entre la Préhistoire et l’Histoire. Ainsi on pouvait y voir des civilisations qui utilisaient l’écriture côtoyer des peuples qui n’écrivaient pas ou très peu. C’est également à ce moment que se développe la métallurgie.

Lugh est un dieu panceltique, il est donc présent dans toutes les mythologies celtiques pré-chrétiennes. Cependant pour ne pas trop m’éparpiller j’ai voulu me focaliser sur sa représentation en Gaule et en Irlande.
Bien qu’il soit présent dans tout le monde celte, il est quasiment impossible de trouver des sources contemporaines à cette époque. En effet, les celtes ayant principalement une culture orale, la majorité des sources qui en parlent sont médiévales ou antiques. Beaucoup nous viennent d’Irlande car sa christianisation a permis le développement de l’écriture et ainsi la mise à l’écrit et la conservation des traditions orales pré-chrétiennes. 

C’est pour ces différentes raisons qu’il existe plusieurs orthographes possibles pour nommer Lugh. Ainsi on peut retrouver :

  • Lug/Lugh comme dieu irlandais dans les sources médiévales
  • Lleu comme dieu gallois dans les sources médiévales
  • Lugus comme dieu continental et insulaire de l’Antiquité

De nos jours il est très difficile de trouver des représentations de Lugh (Lugus) sur l’ancien territoire gaulois. Suite à la conquête romaine (de -120 à -50) les différentes divinités celtiques furent renommées avec des noms de dieux romains. C’est pour cette raison qu’en Gaule il est identifié au dieu latin Mercure. Il devient donc le Mercure-Lugus celto-romain.  

Pour l’écriture de cet article et le nom du blog j’ai choisi d’utiliser Lugh.

Pourquoi ? Tout simplement car esthétiquement je trouve ça plus sympa et comme nous venons de le voir, la majorité des sources est irlandaise.  

Sa généalogie dans la mythologie irlandaise :

Dans la mythologie irlandaise Lugh est le fils de Eithne (fille de Balor) et de Cían (fils de Dían Cécht). Il faut savoir que Balor est le roi des Fomoire alors que Dían Cécht est le dieu-médecin des Túatha Dé Danann (Peuples de la déesse Danu/Dana). Les Fomoires sont représentés comme des êtres sombres et démoniaques. Dans certaines sources ils sont atteints de gigantisme, et se distinguent par leur laideur et leur difformité physique. Dans d’autres sources comme le Cath Maige Tuired la laideur physique a laissé place à la laideur morale avec des êtres avares et ne respectant pas l’ordre social. Les Túatha Dé Danann, quant à eux, sont les dieux irlandais pré-chrétiens.
Lugh représente donc le lien entre ses deux peuples. Il est également l’incarnation du premier médiateur entre deux groupes rivaux.

Les différentes sources ne sont pas toutes d’accord sur le nombre d’enfants qu’il a eu. Un seul est vraiment connu, il s’agit de Cú Chulainn. Né sous le nom de Sétanta il serait le fils de Lugh et d’une humaine, Deichtine. Peut être que le nom de Cú Chulainn ne vous est pas inconnu ? Et oui c’est bien de lui qu’il est question dans la chanson de Manau « Le chien du forgeron » ! Cet héros du cycle d’Ulster fût appelé ainsi après avoir tué le chien du forgeron Culann. Cú Chulainn signife « le chien de Culann ». 

« Tant de guerres, tant de misères vécues sur la terre de ses pères
Il n´a jamais prié le Dieu qui honora sa mère
D’un fils unique qui trouva son surnom
En tuant le chien de Chulain, lui qui était le forgeron »

Les différentes représentations de Lugh

illustration représentant la lance de Lugh
Illustration de la lance magique de Lugh par Harold Robert Millar . Tiré de: Squire, Charles (sd), « Chapter 5: The Gods of the Gaels », dans Celtic Myth And Legend Poetry And Romance, Londres: Gresham Publishing Company, page 62. Publié à l'origine sous le titre The Mythology of the British Islands , Londres: Blackie and Son, 1905

Bien qu’on parle d’un dieu panceltique présent dans l’ensemble du monde celte il faut avoir à l’esprit que les celtes ne forment pas un peuple à part entière. Ce sont en réalité un ensemble de peuples avec une certaine unité culturelle. Il est donc normal de trouver des différences dans les représentations de Lugh ainsi que dans les rôles qui lui sont attribués. Cependant il y a de nombreux points communs et c’est ceux-là que je souhaite développer.

Tout d’abord il est souvent représenté comme une divinité jeune et guerrière. C’est pour cela qu’il est régulièrement imberbe. Son côté guerrier est montré par la forte présence d’armes de jet (fronde, lance, javelot) à ses côtés.

On peut également trouver certaines caractéristiques physiques comme une main/un bras disproportionné. D’ailleurs en Irlande il est aussi appelé Lug Lámfada « Au grand bras/ À la grande main » et au Pays de Galles, où il apparaît principalement dans les récits des Mabinogion, on le retrouve sous le nom de Lleu Llaw Gyffes « À la Main Sûre, Agile ou Précise ».
Cette caractéristique symbolise plusieurs choses:

  • ses liens avec la royauté : En Irlande il est souvent évoqué lors des rituels d’investiture. Il n’est pas souvent représenté comme roi mais il représente l’ensemble des aspects de la fonction royale:
    • il rassemble, permet la cohésion sociale. Comme lors du Lughnasadh (ou Lugnasad) célébré le 1er Août. (lien à la fin de l’article)
    • il doit assurer la prospérité et l’abondance par le biais des récoltes, de l’économie et du commerce.
  • sa maîtrise des arts : L’autre nom qui lui était donné est Salildánach « Maître de tous les arts », « Polytechnicien ». Il réuni ainsi plusieurs métiers. Voilà les principaux:
    • La cordonnerie : D’après une légende folklorique Lug aurait reçu son épithète Lámfada car « ses bras étaient si longs qu’il pouvait attacher ses chaussures sans se pencher ».
    • Dans le Cath Muighe Tuireadh Lugh dit qu’il maîtrise plusieurs formes d’artisanat. Il serait charpentier, forgeron et bronzier
    • Toujours dans ce document il est joueur de lyre et poète. On peut voir plusieurs de ses représentations accompagnées d’une lyre.
  • son rapport avec la justice, le serment : Le jour du Lughnasadh on arrange et organise les mariages. Durant cette fête on réglait également des problèmes d’ordre juridique.
  • ses qualités de guerrier : Comme nous l’avons vu plus haut il est également un dieu guerrier. En effet, il permet aux dieux de gagner la victoire face aux Fomoire (demi-dieux de la mythologie irlandaise) en tuant leur roi, Balor, qui était son grand-père. Cet épisode est relaté dans le Cath Maige Tuired « Bataille de Mag Tuired ».

Pour synthétiser on peut dire que la main représente son rôle d’organisateur de la société.
Mais orchestrer la société c’est bien, organiser en plus l’espace c’est mieux ! Par exemple en Irlande et en Gaule il est associé aux collines, routes et frontières (le maintien des frontières était aussi une mission du roi). Ainsi, beaucoup de lieux où on organisait des fêtes en son honneur, comme le Lughnasadh, se trouvent sur des collines. Il en va de même pour les lieux dont le nom évoque Lugh. C’est le cas de Lugdunum (Lyon), qui signifie « Forteresse de Lugus », ou de Laon.
On peut relier ce rôle à sa représentation comme divinité solaire. En effet il n’est pas rare de trouver parmi ses attributs une représentation symbolique du Soleil : un disque solaire, une roue ou un coq (il annonce le levé du jour).

On prête également à Lugh des pouvoirs prophétiques et de guérison. Ces deux attributions sont symbolisés par l’œil, élément très présent de son folklore. En effet c’est en transperçant l’œil empoisonné de Balor qu’il arrive a l’affaiblir avant de le tuer. De plus son culte, particulièrement en Gaule, est souvent lié à la guérison des maladies de l’œil.  

Lugus représenté sur un gobelet en argent à Lyon
Gobelet en argent de Lyon (Musée de la Civilisation Gallo-romaine)

Lugh est souvent représenté accompagné d’animaux représentant les différentes qualités et attributs que nous avons vu plus haut :

  • cheval : royauté
  • sanglier : son côté guerrier, la ruse
  • corbeau : qualités prophétiques
  • coq : son aspect solaire
  • roitelet : royauté, qualités prophétiques

Pourquoi j'ai choisi Lugh ?

L'artisanat n'a pas d'Âges

Pour moi l’artisanat est bien plus que la création d’objets. Chaque création est unique et elle est le fruit d’une transmission, de l’évolution de savoir-faire. Il doit évoluer tout en gardant son identité première pour ne pas mourir et tomber dans l’oubli.

C’est pour cette raison que j’ai choisi un dieu. Les dieux ne meurent pas, ils vivent à travers les légendes, les traditions. Ils peuvent être assimilés par d’autres religions comme Lugh en Gaule, mais leur essence reste présente.

Souhaitant parler de l’artisanat en général tout en présentant des artisans créateurs bretons ainsi que des événements se déroulant en Bretagne, il me semble pertinent de choisir un dieu celte. En effet, les celtes étaient présents dans une grande partie de l’Europe. Et puis, la Bretagne a depuis longtemps une belle histoire d’amour avec la culture Celte.   

L'artisan cumule les compétences

Tout comme Lugh qui maîtrise les arts, organise l’espace et la société, a des dons prophétiques et j’en passe; l’artisan doit cumuler les compétences.

En plus de la maîtrise des différentes techniques liées à son art il doit savoir gérer ses comptes et ses employés (quand il en a…). Il doit aussi être assez fort en communication pour vendre ses créations. Un parallèle peut également être fait avec Lugh dans leur tendance à rassembler, lors de marchés de créateurs par exemple. 

Le symbolisme de la main

Si je vous demande quel partie du corps représente pour vous l’artisanat il y a, je ne pense pas trop me tromper, 99.9% de chance pour que vous me répondiez « la main ». Et bien voilà un autre point commun avec notre dieu celte préféré !
Vous vous en doutez, c’est donc pour symboliser Lugh et l’artisanat que j’ai choisi la main dans mon logo. Je profite de ce petit aparté au sujet du logo pour vous parler du triskell. Symbole fort de la culture celte, il existe plusieurs interprétations dont deux qui nous intéressent particulièrement:

  •  Les branches représentent l’eau, la terre et le feu : dans l’artisanat ces trois éléments sont très présents 
  • Les branches représentent les trois principaux dieux de la religion celtique : Lugh, Ogme et Dagda 

Voila j’espère que j’ ai répondu à vos questions où au moins à une grosse partie d’entre elles ! Pour aller plus loin sur le sujet vous trouverez mes sources juste en-dessous.
Si vous avez des questions sur l’article ou le blog de façon générale, n’hésitez pas à m’envoyer un petit mail via le formulaire de contact dans l’onglet « en quelques mots… ». 

Bonne continuation dans le monde des Artisans de Lugh et comme on dit en Bretagne  » kenavo  » !

Pour approfondir un peu le sujet (cliquez pour lire l'article) :

illustration d'un arbre de vie
Fête du Lughnasadh