Quoi de plus normal, en cette période de Samain et de célébration des morts, que de vous parler de l’Ankou ?

Ce personnage emblématique de la Bretagne est pour moi le lien parfait entre patrimoine breton, artisanat et frissons.

Vous en avez sûrement déjà entendu parler, surtout si vous êtes breton, mais connaissez-vous vraiment l’Ankou ?

Vous êtes prêts ? Alors partons à sa rencontre à travers son histoire et trois représentations !  

L’Ankou, le serviteur de la mort en Basse-Bretagne :

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’Ankou n’est pas la personnification de la Mort. En fait il est plutôt son bras droit, son valet. Il est chargé de collecter les âmes des défunts et il est donc considéré comme une entité psychopompe, un « passeur d’âmes ».

L’Ankou est déjà présent au Moyen-Age et on le retrouve encore de nos jours dans la tradition orale et les contes bretons. On doit principalement cette transmission à Anatole le Braz, auteur du XIXème siècle, qui a recueilli un grand nombre de contes et de dictons sur la mort en Bretagne.

Aux XVIème siècle et XVIIème siècle, l’Ankou est représenté sous les traits d’un squelette brandissant une lance ou tenant une faux montée à l’envers. C’est au XIXème siècle qu’on commence à lui attribuer une charrette, karriguel an Ankoù ou karrig an Ankou, lui permettant de transporter les âmes. Cette charrette est aussi un intersigne annonçant la mort. Celui qui entend son grincement a de fortes « chances » de mourir bientôt.

C’est également au XIXème siècle que ce serviteur de la mort commence à être représenté sous les traits d’un vieil homme grand et maigre. Mais je laisse la parole à Anatole Le Braz qui vous le décrira beaucoup mieux que moi :

« On dépeint l’Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d’un large feutre; tantôt sous la forme d’un squelette drapé d’un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu’une girouette autour de sa tige de fer, afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’œil toute la région qu’il a pour mission de parcourir.

Dans l’un et l’autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu’elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l’Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche.

Anatole Le Braz

L’Ankou n’est pas un personnage unique. D’après Anatole Le Braz dans chaque paroisse ce rôle était attribué au dernier mort de l’année. Cependant cette tradition n’est pas commune à l’ensemble de la Basse-Bretagne. Ainsi à Guéméné-sur-Scorff et à Berné l’Ankou était le premier mort de l’année.

On raconte que le domaine de l’Ankou se trouve dans les Monts d’Arrée. Alors si vous allez vous promener de ce côté de la Bretagne prenez garde car on dit que celui qui l’aperçoit meurt dans l’année…

3 représentations qui font froid dans le dos :

Vous vous dites sûrement « bon, le patrimoine breton ok. Le frisson : je commence à regarder par la fenêtre si je ne vois pas un grand homme maigre en charrette. Mais l’artisanat ? Il est où ? »

Ne vous inquiétez pas, on y arrive ! A l’époque de la création des différentes œuvres que nous allons voir la séparation entre art et artisanat était encore plus fine qu’aujourd’hui. Les fresques et sculptures illustrant les différentes représentations de l’Ankou dans notre belle Bretagne sont donc le fruit d’artisans talentueux.

« Danse Macabre » de la chapelle de Kermaria -An-Isquit

Danse macabre de la chapelle de Kermaria-An-Isquit

Cette danse macabre a été peinte entre 1483 et 1501. Vous pouvez la contempler dans la Nef de la chapelle de Kermaria, près de Plouha dans les Côtes-d’Armor. Cette fresque est, avec celle peinte dans l’église de Kernascléden, la seule représentée en Bretagne.

Elle s’inspire de la Danse Macabre peinte à Paris en 1425 sous les arcades du cloître du Charnier des Innocents.

Recouverte de chaux au XVIIIème siècle, elle est remise au jour en 1856 par Charles de Taillart.

Cette œuvre représente la mort entraînant à sa suite des nobles et des pauvres : pape, empereur, cardinal, roi… La trentaine de personnages, d’environ 1m30, sont représentés dans un ordre social décroissant et sont séparés par des représentations de cadavres décharnés.

Sous certains personnages comme le Pape ou le Chevalier on peut encore lire les huitains (strophes comprenant huit vers) évoquant leur sort :

Le Pape :

« Quoi ? Faut-il que la danse entraîne 

Le Garant de Dieu sur la Terre ?

Ma dignité fut souveraine

Sur l’Eglise comme saint Pierre.

Il est bien tôt pour qu’on m’enterre.

Mais comme un autre je trépasse.

La mort à tous fait la guerre.

L’honneur ne vaut rien : il s’efface. »

Bien qu’on parle ici de la représentation de la mort et non de l’Ankou, cette farandole macabre est idéale pour se mettre dans l’ambiance.

L’Ankou de Morlaix

statue en bois représentant l'Ankou

J’ai découvert cette représentation de l’Ankou en visitant la magnifique maison à pondalez de Morlaix. Cette maison à pans de bois abrite le musée de Morlaix qui retrace l’histoire de la culture et de la manufacture du lin.

Cette statue en bois date du XVIIème siècle et elle est l’une des plus anciennes représentations de l’Ankou encore existantes. Il est ici représenté sous les traits d’un squelette recouvert d’un linceul. Lorsque vous passez à côté de cette sculpture, un malaise vous envahit. Ce sentiment est sûrement du à sa dentition ou à ses orbites vides qui vous observent…

L’Ankou de Ploumilliau

Moreau.henri, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

A Ploumilliau l’ouvrier de la mort est aussi représenté comme un squelette. Cependant, contrairement à celui de Morlaix, il ne porte pas de linceul et il est affublé de son attribut fétiche, la faux, et d’une bêche.

La datation de cette sculpture en bois peint de 99cm de haut n’est pas très claire. La majorité des sources parlent du XVIIème siècle.

Jusqu’au milieu du XIXème siècle il semblerait que deux statues représentant l’Ankou étaient présentes et que lors des enterrements, elles étaient placées de part et d’autre du cercueil. Cette tradition aurait complètement pris fin suite au malaise d’un enfant de chœur qui fût effrayé à la vue de l’Ankou.

L’Ankou de Ploumilliau a inspiré plusieurs histoires. Si vous voulez frissonner et en savoir plus sur ce terrifiant personnage je vous propose plusieurs lectures :

  • « Celle qui passa la nuit dans un charnier », tiré du livre « Histoires et légendes de la Bretagne mystérieuse », Tchou, collection dirigée par Denis Roche,1980
  • La légende de la mort en Basse-Bretagne, Anatole Le Braz, 1893

L’Ankou du bénitier de La Martyre

Pour ce dernier exemple on change de matière avec une sculpture en granit.

Vous pouvez voir l’Ankou de La Martyre sur le bénitier du porche Sud de l’église Saint-Salomon. Datant du XVIIème siècle, il viendrait à l’origine de l’ossuaire accolé au porche.

Il représente là encore l’Ankou sous forme de squelette. Celui-ci porte dans sa main gauche une tête décapité et dans la droite ce qui reste d’une pique, d’une flèche ou d’une faux. Personnellement j’y vois plutôt l’extrémité d’une flèche.

Voilà, notre petit tour sur les traces du serviteur de la mort en Basse-Bretagne s’achève ici…

Si ce format mêlant patrimoine breton, histoire et artisanat vous a plu n’hésitez pas à me le dire en commentaire. Et si vous avez envie que je traite un sujet en particulier je suis toute ouïe !

Mes sources :

« Croyances et superstitions en Bretagne », James Éveillard et Patrick Huchet, éditions Ouest-France, 2004

« Guide de la Bretagne mystérieuse », Les guides noirs, éditions Tchou, 1970

wikipedia/Ankou

www.infobretagne.com

http://patrimoine.bzh

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